Parlez-vous socialiste ?
À un an de la présidentielle, le Parti socialiste se divise encore un peu plus. Boris Vallaud et Olivier Faure s'affrontent. La confusion règne.
Publié le
4 min
Sortez vos dictionnaires ! Petit exercice de traduction ce matin. Que disent les socialistes ? Que veulent-ils ? Dernier épisode : Boris Vallaud quitte la direction du PS, avec son courant. Il est le chef des députés socialistes. Il attaque Olivier Faure, le premier secrétaire du parti. Une lettre à la direction, pour dénoncer une "collégialité bâclée", une "brutalisation du fonctionnement", une "stratégie d’isolement et d’enlisement". Et la réponse de la direction : "On ne construit rien de durable en brutalisant ses partenaires".
Publicité
Ça vous laisse perplexe ? Vous avez du mal à suivre ? Les accusations réciproques… L’enlisement, la brutalisation… De quoi parlent les socialistes ? De la présidentielle, bien sûr. De la primaire. Olivier Faure la défend, avec Marine Tondelier, François Ruffin, Clémentine Autain, pour désigner le candidat de la gauche non-mélenchoniste. Boris Vallaud, lui, n’en veut pas. Il préfère que les socialistes votent, entre eux, avant l’été, pour choisir dans un premier temps leur candidat, leur projet, leur stratégie. Et François Hollande ? Il attend. Il compte les points. Sera-t-il candidat lui-même ? Il se prépare. Il n’exclut rien.
Inaudible
Conclusion ? Pour le PS… pas de conclusion. C’est le plus impressionnant : ces rebondissements internes ne changent rien. Si ! Ils enterrent un peu plus l’hypothèse d’une primaire. Mais la tombe était déjà creusée. Sur la ligne du parti, sur sa stratégie, rien n’est tranché. À la tête du PS, Olivier Faure est maintenant minoritaire, encore plus fragile qu’avant. Mais pour l’instant, rien ne l’empêche de rester premier secrétaire. Et Boris Vallaud ? Il quitte la direction, tout en restant membre du parti. Et ensuite ? Que veut-il ? Se présenter ? Il s’est rapproché de Raphaël Glucksmann et Yannick Jadot, pour un futur "projet commun", pour "construire" 2027. Ils ont publié un manifeste. En trois semaines, cet appel a recueilli à peine 19 000 signatures.
Sur le fond, les socialistes ont recommencé à travailler. Il y a quelques jours, ils ont présenté le tout début d’un projet – les militants l’examinent en ce moment dans leurs sections. Boris Vallaud, de son côté, défend une "démarchandisation" de la société. Mais tout ça passe au second plan, derrière des jeux d’appareils. Et personne n’y comprend rien : le PS est inaudible.
Au PS, l'élection de tous les dangers
Qui en profite ? À court terme, à gauche : Jean-Luc Mélenchon, officiellement candidat depuis une semaine. Il regarde les socialistes se battre et se débattre, faussement désolé. Il leur fait même la leçon : "une troupe confuse de gens qui se disputent à tout propos". Chez lui, le problème est réglé depuis longtemps : ceux qui n’étaient pas d’accord ont pris la porte. L’insoumis peut affirmer : "chez nous, c’est carré". Une seule ligne : la sienne. Il sera candidat.
Au PS, la présidentielle est-elle devenue maudite ? Rappelez-vous : en 2017, François Hollande n’avait même pas pu se représenter. Benoît Hamon avait attiré moins de 7 % des électeurs. En 2022, Anne Hidalgo, moins de 2 %! Et le prochain candidat, en 2027 ? Pour la gauche dans son ensemble, l’élection de l’an prochain est périlleuse. Rien ne dit qu’elle pourra accéder au second tour.
Ce matin, encore une fois le PS paraît bloqué, aux prises avec lui-même. Il cherche son avenir. Il essaie de se rappeler son passé. Il y a quelques minutes, sur France Inter, Boris Vallaud a proposé d’organiser des rencontres de la "nouvelle gauche plurielle", référence à la fin des années 1990, quand socialistes, écologistes et communistes gouvernaient ensemble. Le député des Landes aurait pu aussi évoquer 1981. Hier, c’était le 10 mai, 45 ans après l’élection de François Mitterrand – elle n'a jamais semblé aussi loin.
Par Jean Leymarie