Par Camille Crosnier
Les sénateurs viennent d'adopter un texte des Républicains visant à lutter contre le phénomène de "cabanisation", des installations de fortune dans des zones inconstructibles. Motif principal avancé : la protection de l'environnement. Mais c'est l'arbre qui cache la forêt...
C'est un mot qui n’existe pas dans le dictionnaire mais dont les politiques s’emparent : la "cabanisation". Définie par les autorités comme "l’implantation sans autorisation d’installations diverses telles que cabanes, chalets, yourtes, et autres baraques, le plus souvent dans des zones agricoles, forestières ou naturelles inconstructibles".
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Et le Sénat a adopté la semaine dernière une proposition de loi des Républicains pour lutter contre ce phénomène.
Officiellement une lutte au nom de l'environnement, par les mêmes qui ont voté la loi Duplomb
Le problème principal de la cabanisation d'après les sénateurs LR, ce sont les conséquences "délétères", sur…. l’environnement !
Dégradation des sols, stérilisation de terres agricoles, fragmentation d’espaces naturels, risques d’incendies en zones forestières, consommation d'eau excessive, rejet d’eaux usées sont listées dans le texte.
Incroyable de la part d’un groupe qui par ailleurs a voté pour la loi Duplomb et contre le zéro artificialisation nette (entre autres).
Les arguments écologiques seraient-ils un prétexte ?
Voilà en tout cas ce que disait mercredi 6 mai le sénateur macroniste, en faveur du texte, Jean-Baptiste Lemoyne à la tribune : "Les conséquences sont graves et profondes, pour l'environnement, avec la dégradation des sols, des ressources, des paysages, quand on voit un développement anarchiques parfois presque bidonvillesque !"
Voilà, il est là le vrai problème pour tous ces élus : l’image que renvoie la cabanisation, des habitats de fortune occupés par des personnes précaires, marginales, un mode de vie basé sur la débrouille et dont l’impact environnemental est en réalité très faible. D’ailleurs, que déclarait aussi la sénatrice LR Sophie Primas ?
"Je préfèrerais qu'on consomme des terres agricoles pour faire du logement digne dans les règles de droit commun." Donc un lotissement avec un bon vieux pavillon des familles là pas de problème…
Une réflexion nécessaire sur le droit d'habiter autrement l'espace
Xavier Gisserot de l’association Hameaux légers (qui sont eux construits dans la légalité) estime qu’il s’agit d’une proposition de loi "anti pauvres de la campagne" et m’a rappelé que la cabanisation est illégale, oui, tout autant que la construction de certaines piscines ou maisons en bord de mer malgré les interdictions de la loi littoral, mais là c’est plus chic alors on sort moins les bulldozers.
La proposition de loi prévoit de ne plus attendre l’avis d’un juge : les démolitions des installations pourront se faire d’office, en un mois maximum, sur décision du préfet. C’est la mesure principale pour soulager "le désarroi des maires", je cite.
Mais quid des occupants ? Car le cœur du sujet est bien le droit au logement. Bien sûr qu’il faut encadrer toutes les installations illégales, d'autant que beaucoup sont en zones inondables, mais quelles solutions existent, et pourquoi seraient-elles forcément, (quand elles arrivent) des logements de type urbains ?
À défaut d’alternatives, particulièrement à la campagne, ce sont les gens qui deviennent alternatifs, et mal vus, d’habiter autrement l’espace. Alors on ne sait pas quand le texte sera examiné à l’Assemblée nationale. Ça laissera peut-être le temps de réfléchir au sujet de fond et de revoir un paquet d’idées reçues.
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