Drone avec une bombe.

L'étrange silence sur la Défense

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L'édito éco

Par Dominique Seux

Les députés ont accordé 36 milliards d'euros supplémentaires aux Armées.

C'était jeudi soir tard et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'information n'a pas eu un écho considérable. 36 milliards d'euros, même étalés jusqu'en 2030, ce n'est pourtant pas rien alors que le débat public s'enflamme souvent pour des montants bien plus faibles.

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C'est une enveloppe infiniment supérieure à celle réservée aux repas à un euro des étudiants dont on a parlé pendant trois jours. Nettement plus élevée que les allègements de cotisations sociales que les entreprises craignent de perdre et qui ont mobilisé le patronat ce week-end.

Soyons précis. Puisque ces crédits bonus à la Grande Muette n'ont fait (presque) aucun bruit, rappelons de quoi il s'agit. Il s'agit d'ajuster la loi de programmation militaire de 2023 en tirant les expériences des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient.

Concrètement, 8 milliards d'euros de plus ont été votés (entre autres) pour augmenter les stocks de munitions, par exemple les obus. Il y a aussi 2 milliards d'euros de rab sur les drones, drones dont le rôle saute aux yeux désormais dans les deux conflits en cours.

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Pourquoi ce désintérêt politique et ... médiatique : deux hypothèses

La première est que tout le monde s'en contre-moque (pour ne pas dire autre chose) parce que le ou la future président de la République reverra la copie en 2027. Mauvaise analyse : ce coup de pouce aux Armées fait plutôt consensus. Seul LFI a voté contre, les macronistes et LR ont voté pour, le RN et le PS se sont seulement abstenus. Une remise en cause totale après la présidentielle est donc peu probable.

Seconde hypothèse, plus vraisemblable : nous avons tous collectivement du mal à réaliser et à accepter ce que veut dire un monde plus menaçant.

Il faut relire la Revue nationale stratégique officielle publiée l'an dernier. Scénario central : un conflit avec la Russie sur le continent européen ou le voisinage de l'Europe à l'horizon 2030.

Même si ce n'est pas directement sur le territoire français, la France serait concernée en raison de ses alliances et de la perspective d'attaques hybrides (par exemple numériques) encore plus massives qu'aujourd'hui. Sans oublier le désengagement américain. Tout cela est vertigineux et tous les pays européens musclent leur défense.

Ce scénario met en réalité les responsables politiques et l'opinion publique en état de sidération et il est toujours plus facile de mettre la tête dans le sable.

Mais voilà, ne pas en parler, ne pas en débattre, rendra impossible les arbitrages à réaliser : pour financer cet effort de défense, des économies devront-elles être faites ailleurs ? Ou faudra-t-il augmenter les impôts ? Ou enterrer la réduction des déficits ?

Bref, le silence n'est pas une bonne option.

Que nous apprend l'Histoire ? L'historien Marc Bloch, souvent cité pour son livre L'étrange défaite, résumait en une phrase celle de 1940 : ce fut une défaite de l'intelligence.

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