Un volcan en éruption

Anatomie de la Terre : comment l’histoire de notre planète est gravée dans notre corps

44 min

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Par Matthieu Noël

Dans son ouvrage "Anatomie d'une planète" Nicolas Coltice démontre à quel point la formation de notre planète et notre évolution biologique sont intimement liées. La Terre nous a façonnés autant que nous l'avons façonnée. Retour sur ce lien profond qui nous unit à notre monde.

Avec

  • Nicolas Coltice 

    Professeur de géodynamique au laboratoire Géoazur

Et si votre propre corps était le plus grand livre d’histoire de la planète ? Derrière nos battements de cœur et notre respiration se cachent des milliards d’années de bouleversements géologiques. Nicolas Coltice, professeur de géodynamique, nous invite dans son livre "Anatomie d'une planète" à un voyage vertigineux dans le passé. De l’oxygène apparu par miracle aux atomes d'hydrogène nés du Big Bang, il démontre que notre biologie est une archive vivante de la Terre. Découvrez comment les continents et les océans ont façonné ce que nous sommes aujourd'hui.

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De l’oxygène au Big Bang : nous respirons un héritage de milliards d’années

Rien de ce qui nous permet de vivre n’est dû au hasard. L’oxygène que nous inhalons à chaque seconde est le résultat d’une transformation radicale de l’atmosphère survenue, il y a 2,4 milliards d’années. Le chercheur explique comment l'apparition de l'oxygène a agi comme un véritable accélérateur pour le vivant : "La vie sans oxygène, c'est la vie qui vit à faible énergie. Dès qu'on est à l'oxygène, c'est 20 fois plus d'énergie disponible pour faire des choses. C’est une transformation incroyable".

Il rappelle que l'eau de notre corps contient des éléments dont l'âge dépasse celui de la Terre elle-même : "L'hydrogène, c'est la matière première de notre univers. Cette eau, qui circule en nous, nous ramène aux premiers instants de l'histoire de l'univers. C'est le plus vieil atome de l'univers". Enfin, il souligne aussi que cet équilibre reste précieux et que l'évolution a pris des milliards d'années pour aboutir à nous : "Ce que nous respirons, c'est un legs de génération en génération, un oxygène qui a des milliards d'années. Pendant quasiment 4 milliards d'années sur Terre, ce n'était pratiquement que des micro-organismes".

Pangée et liquide amniotique : quand la géologie a permis de sortir de l’eau

La forme même de nos continents a influencé notre reproduction. Il y a 330 millions d’années, alors que les continents étaient rassemblés en un seul bloc, la Pangée, un assèchement du climat a forcé la vie à s'adapter pour ne plus dépendre des marécages. C’est ainsi qu’est né le liquide amniotique, nous permettant de conquérir les zones sèches du globe. Nicolas Coltice décrit cette révolution biologique qui a permis aux ancêtres des mammifères de s'émanciper de l'eau : "Le liquide amniotique, c'est la capacité de se reproduire en dehors de l'eau. Les amniotes, dont nous faisons partie, ont pu aller explorer ces zones sèches et se développer dans des nouveaux endroits".

Il précise également que notre corps continue de se construire grâce aux minéraux arrachés aux montagnes par la pluie : "Notre alimentation provient de cette croûte continentale formée au cours des temps géologiques. C'est la dégradation des minéraux par l'érosion qui crée ces sols qui sont ensuite dans les plantes".

Il rappelle que la Terre est un puzzle en mouvement perpétuel qui redéfinit sans cesse les règles du jeu : "Les continents se dispersent et se rassemblent sur des rythmes de 500 à 800 millions d'années. C'est un puzzle en constante évolution et on ne peut pas bien prédire l'avenir".

Le défi de notre évolution face aux changements rapides

Si la Terre a mis des éons à façonner notre biologie, l’activité humaine bouscule aujourd'hui ce rythme très lent. Nos cellules et nos bactéries, héritières de micro-organismes ancestraux, font face à des molécules synthétiques totalement inconnues pour lesquelles elles n'ont pas été programmées. Le géodynamicien s'inquiète de la vitesse à laquelle nous modifions l'environnement par rapport à nos capacités d'adaptation : "On change surtout nos modes de vie et notre santé. On voit que notre microbiote ne s'y adapte pas forcément. Nos cellules sont maintenant confrontées à des molécules synthétiques inconnues, des pesticides".

Il note cependant que l'évolution biologique ne s'arrête jamais, même si elle est discrète : "On voit des petites évolutions. Par exemple, on a un petit os derrière le genou qui n'était pas très présent il y a des décennies et qui commence à être un peu plus présent. On ne sait pas pourquoi, mais ça vient". Mais si la planète est résiliente, c'est la survie de notre espèce qui est en jeu : "La Terre change. Le vivant passe, trouve d'autres chemins, abandonne certaines espèces en chemin. C'est plutôt la question de savoir comment le vivant peut survivre qu'il faut se poser".

> Pour en apprendre davantage sur les liens invisibles qui vous unissent à la géologie, écoutez l’intégralité de l'émission...

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